:: Journal d'une boulimique ! ::pensées et tourmants au quotidien | |||||||||||||||
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Depuis hier, j’ai envie de pleurer. Je suis allée chez une gynécologue pour la deuxième fois de ma vie. Je voulais être informée sur tous les moyens contraceptifs existant à ce jour, et sans hormones. Vous devinez certainement ce qui me pousse à rejeter les hormones ?! Ces saloperies sont responsables d’une prise de poids que je ne pourrais pas gérer psychologiquement. Je me connais, je sais que ça va être une descente au enfer. De plus, les hormones causent d’autres nombreux soucis comme de l’acné, les seins tendus, des poils plus apparents et j’en passe… D’un ton purement ironique, je dirais qu’elle est formidable cette époque libérée. Les femmes d’aujourd’hui sont obligées d’être belle, mince. Les hommes devraient être en mesure de nous baiser sans que ça ait la moindre incidence dans nos vies. J’ai envie de pleurer. J’angoisse, je flippe. Je suis avec Doudou. Pour mon cas, il n’y a pas de moyen contraceptif sans hormone. Le stérilet est destiné aux femmes ayant déjà eu une grossesse. Tous les autres moyens contraceptifs sans hormones sont irréversibles. Mon dieu ! Me voilà donc avec une pilule progestative. Une pilule a faible dosage. C’est ce que m’a conseillé la gynécologue. Mais la prise de poids n’est pas sans risque. Et j’ai peur. Et j’en veux à Doudou pour toute cette angoisse qu’il n’est pas capable de mesurer. Je m’en veux d’être retombée amoureuse. La vie était plus simple à gérer toute seule, surtout mon poids, mon alimentation. J’aime Doudou. Mais l’amour est compliqué sous multiple facette. Il me rend heureuse cet homme. Mais l’amour me torture. J’ai la tête en bouillie, le cœur sous la semelle. J’ai envie de pleurer. Je me sens seule. Il n’y a personne à qui je peux parler. La personne à qui je parlais le plus, c’était Koibito. Le fait de me confier à lui a certainement contribué au fait de le détruire, de nous détruire. GAME OVER Aujourd’hui, je ne lui dis rien. (Doudou) Même pas à l’une de mes amies. Et, J’ai l’impression que tout va me rattraper bientôt. Je sens à nouveau des mains invisibles sur ma gorge. J’aimerais le mettre en bouche, cracher mon angoisse par des mots. Juste par des mots. Le dire à quelqu’un pour ne pas couler, figée par la peur. Mais à qui ? Je ne veux pas foutre en l’air mon couple. Ne pas effrayer mes amies. Je me sens à nouveau seule. Prise au piège. Là, de toute ma hauteur, j'ai le vertige... Je sais que ce n’est pas la vérité. Je sais que je ne suis pas guérie. Je ne vomis plus. Mais l’absence d’un symptôme ne signifie pas que je suis sauvée. Je le sais. Je ne mange toujours pas avec les autres. Je m’isole. J’ai honte de mâcher, d’avaler, juste de manger… Je fais tellement de bruit, je ne le supporte pas. Je dois ressembler à un cochon. A un très gros cochon ! Je ne vomis plus. Je mange ! Pas assez ! Je suis dans la restriction. Je me sens fatiguée, épuisée. J’ai des chutes de tension plusieurs fois par jour. Je maigris. Enfin ! Mais quand je mange, je reste un cochon. Même devant mon miroir, je reste un cochon. Entre les mains de Doudou, je me sens mal fichue. Si souvent, j’ai imaginé ces chiffres sur ma balance. A chaque fois, je me persuadais que ce détail allait changer ma vie. Maintenant, ma balance hurle victoire. Et je me rends compte que là haut, dans mon bout de cerveau, on est pas content. Plus, toujours plus. Ou dans ce cas-ci : moins, toujours moins ! J’ai peur à chaque petite bouchée. Je calcule compulsivement les calories, je les traque. Je sais qu’on me croit guérie Et je sais que ce n’est pas la vérité. Mais je ne vomis plus. Et même si la restriction n’est pas une vie, jamais je n’ai été aussi heureuse. Même si je dois y laisser ma peau, ce sera avec le sourire. J’ai le ventre gonflé. C’est normal. Mais je ne le supporte pas. Je me sens grasse. Alors je mange. Mais je ne peux pas vomir. Alors, s’en suit des journées de jeun draconienne. Je suis sans énergie, épuisée. Je fais des chutes de tensions, Je dois impérativement m’asseoir pour ne pas tomber dans les pommes. Mes journées sont courtes, je suis fatiguée à partir de 18h. Même si je suis en mesure de marcher à présent, je ne fais rien puisque je suis claquée. Je suis contente, heureuse car mon ventre ne pend plus de ses chairs disgracieuses. Pourtant, j’ai la sensation d’être plus grosse. Je me sens hideuse. J’ai un complexe de moins sur la liste de mes griefs. Mais, ça ne change rien à ma vie. Ca ne change en rien la maladie. Au contraire, je suis plus sévère avec mon alimentation. Mon rêve de maigreur n’est plus une étoile dans la nuit. Il est devenu le soleil dans ma vie. Je n’ai pas envie d’être éblouie. Je veux encore distinguer ceux qui m’entourent. Je n’ai pas envie de les perdre de vue. Alors, Ne pas perdre le contrôle. Je dois gérer. Et donc, me voilà à nouveau dans les bras de l’anorexie. Cette douce saloperie qui reste malgré tout moins pénible que la boulimie. N’allez pas croire que j’opte pour l’une ou pour l’autre. N’allez pas croire que l’on change de trouble alimentaire, comme on changerait de chemise. Juste que, dans mon cas, l’une s’éclipse au détriment de l’autre. Et que, si l’on me demandait de choisir, c’est la boulimie que je chasserais de ma vie. C'est un enfer... Bouffer, ne pas bouger, et surtout ne pas vomir... Je veux juste crever ! Et si la vie pouvait se vivre sans but ? Là, j’ai le ventre rempli… Je n’ai qu’une envie, m’endormir sur ces réserves et ne plus me réveiller. Je me sens tellement fatiguée. Je ne sais plus qui je suis, quel est mon vrai visage… Mais je dois rester à la hauteur… Manalucard est tellement heureux. Jamais je ne veux qu’il sache… Et les autres… Oh mon dieu, la situation me semble pire qu’avant… Tellement de personne à décevoir… Je suis fatiguée. Mardi, Doudou va me présenter sa mère et sa sœur. Ca va faire quelques semaines qu’il espérait ça. Moi, je restais cachée. J’ai repoussé autant que possible ce moment. Mais voilà, il arrive. Il va me montrer aux personnes qui l’aiment le plus au monde. Et moi j’angoisse. Je ne me sens pas à la hauteur. Je ne me sens pas à sa hauteur. Détruire cet homme, je n’en aurais pas la force. Je vis dans la hantise de tout briser, encore. Je ne pourrais jamais le supporter. Et malheureusement, à chaque fois que je crise, que je finis par vomir ou pas, c’est à lui que je pense. Au mal que je vais lui faire. Je n’ai pas envie que la maladie soit plus forte que l’amour que je lui porte. Mais j’ai peur d’être vampirisée, aspirée… Je suis malade, dépendante. Je suis boulimique. Et je suis fatiguée d’avoir peur, de contrôler, de penser, de me donner… Je suis fatiguée d’être malade. Parceque j’ai décidé de me faire opérée, je vais peut être me retrouver sans travail. Des journées sans m’occuper additionnées à des heures de convalescence : repos strict puis…chômage. Des journées vides, des journées noires. La peur m’écrase pour admirer ma vie, bientôt elle piétinera les bases de mon frêle édifice. Je ne veux pas croire que tout est à recommencer. Je ne peux pas avouer que tout recommence : la peur, la bouffe, vomir, les kilos,… Tout ! Puis il y a Doudou, le nouvel homme dans ma vie, il ne sait rien ou presque. Il n’a jamais croisé la bête qui me domine. Il ne connaît pas le monstre qui m’habite. Et j’ai peur, car de ma vie, il ne connaît que le possible. J’ai rencontré Doudou au paradis, et doucement il va descendre en enfer avec moi. Et j’ai mal… Je ne supporte pas l’idée de tout gâcher. Je ne veux pas que cette maladie m’ampute alors que je commençais à peine à marcher vers la lumière. Je ne veux plus ressentir le poids de la douleur, le poids de la culpabilité. Je pleure déjà, imaginant la souffrance dans son regard. Je ne veux plus être ce genre de bourreau. Alors, une fois encore, je songe à prendre la fuite… Tout planter, avant de lui faire trop de mal. Avant de me faire trop de mal. Je me sens tellement naïve. J’ai vraiment cru que j’allais m’en sortir. Je suis ridicule. Et j’ai honte de parler, d’avouer qu’une fois de plus j’ai sombré. Potentiellement, j’ai tout pour être heureuse. Mais, là dans ma tête, il y a mes humeurs qui chavirent. Je suis montée si haut, depuis quelques temps j’avais la tête dans les nuages, là tellement haut… Je souriais pour de vrai, le regard allumé par la vie. Je sais sourire ! Mais maintenant ? Un moment d’inattention dans une bataille que je pensais gagner. Je paie pour mon insolence. A présent, me voilà misérable… Le ventre repus, j’ai envie de pleurer. Juste envie de vagir, pour faire sortir une émotion sans nom, sans définition. Une émotion qui connaît ses origines. Je ne pensais pas que j’allais réagir comme ça. Comme quoi, on ne se connaît jamais vraiment. Ma réaction m’étonne, me blesse aussi. Je ne suis pas celle que j’imaginais. Mais il manquait le point final, et la touche du dactylographe est tombée lourdement. Je suis abasourdie, sous le choc peut être… Je vous dis, je ne sais pas. Je me contente de vivre le moment, je le laisse s’écouler pour qu’il ne déborde pas. Où il a déjà débordé car, pour preuve, j’ai l’estomac approvisionné pour la semaine à venir. Je me sens paumée, comme l’adulte qui retrouve ses racines. A présent, il faut vivre l’instant… Je dois dés à présent trouver un moyen d’enchaîner mon cœur pour ne plus qu’il se perde. Je dois me dépêcher avant de retomber pour de bon. Avant de tout détruire… Avant d’anéantir mon nouveau copain… Toi, là haut dans le ciel, peu importe ton nom ou ton origine, je t’en supplie… S’il te plait ! Je me briserais les genoux volontiers si tu me demandais de te supplier à jamais. Mais s’il te plait… Je ne veux pas retomber là dedans… Pitié ! La vie en rose. Puis, peut être à cause des hormones, la vie est morose. Et de nouveau, cette chose invisible aux dents bien aiguisées vient me ronger. Cette chose sera toujours là. Quand on est boulimique, il n’y a pas de guérison. Par contre, on peut parler de rémission. Le comprendre est une victoire, pour ne jamais baisser la garde. C’est une guerre sur tous les flancs, je ne dois pas me laisser envahir par l’angoisse. Comme toute personne en rémission, je vis dans la crainte. Le plus dur c’est de ne pas se laisser submerger et de continuer à profiter d’autant de liberté. Si l’angoisse me tétanise, la boîte de pandore s’ouvre, et je basculerais… Je dois tenir la barre, lutter contre vent et tempête. Je dois ! Et quand je tombe, je dois regarder derrière moi. Me rappeler que depuis quelques mois, la vie a changée. Ma force, ce n’est plus l’espoir, mais la conviction que c’est possible. La peur, l’angoisse qui glisse en sueur froide dans mon dos. Sans pouvoir l’expliquer, j’ai rechuté. Aujourd’hui, j’enfonçais de manière mécanique des cuillérée de yaourt entre ma mâchoire serrée. Comme un viol, la saveur des aliments me donnait la nausée. Pourtant, j’ai continué. J’ai condamné ces derniers jours en avalant sans compter. En vomissant comme si je n’avais jamais arrêté. Il est difficile de se relever, mais l’inverse se fait les yeux fermés. A présent j’ai peur qu’aujourd’hui soit demain. Le passé n’est jamais loin. Lorsque je me retourne, il est face à moi. Il me suit comme une ombre. Je suis encore fragile. Je sais que je dois faire attention, rester vigilante. Je sais que je suis capable d’être heureuse. Ces dernières semaines me l’ont prouvé. Je ne veux pas retourner dans le noir. Je ne veux plus mentir, et sourire pour de faux. Allez ! Je dois me donner du courage. Pour que demain soit comme hier. Pour que demain ne soit jamais plus comme aujourd’hui. Je regardais une veille photo de classe. La tête de mes camarades, tous avec des personnalités distinctes. Pas un ne ressemblant à l’autre. Des gens bons, et d’autres mauvais. L’image de la terre m’est venue à l’esprit. Une évidence illuminant l’espace aussi brièvement qu’un coup de tonnerre. La classe était à moindre échelle, une représentation du monde. En observant l’iris figée du souffre douleur de la classe sur la papier glacé, j’ai compris qu’importe l’endroit où j’étais, même mortifiée par la solitude : j’ai pensé qu’il y aurait toujours des âmes charitables. Des hommes capables de tendre la main, des vrais amis. Alors, si il m’arrive encore de penser que le jour s’achève au dessus l’humanité, alors, c’est à coup d’éclairs que je devrais embraser l’obscurité pour m’apercevoir que le monde est toujours beau. Vous voyiez, il y a des jours où je suis capable de retrousser mes manches et de me dire : on y va ! Des nuits où j’avance dans le noir, sans crainte, juste car je peux y croire. Je dois bien avouer qu’il est effrayant cet espace. Dans la lumière, je me sens perdue, indécise face aux choix. La peur constante de ne pas aller dans la bonne direction. La peur de vivre. Elles sont fatigantes ces montagnes russes qui me font monter et descendre sans jamais cesser. Être bien, aller mal. Une dualité qui scinde ma personnalité en deux, et fragmente ma vie ici bas. J’ai tenté de faire mon nid en bas, puis tenter de le construire en haut. J’ai fini par dénicher des choses qui me convenaient en deux pôles opposés. A présent, je ne sais pas où me poser. A quoi je préférerais renoncer. Alors, inconsciemment, je continue. Je suis une gamine dans un ascenseur, j’appuie sur tous les boutons. Je suis une sale môme, seule dans une boite. Est-ce que je ne veux pas guérir ? Ou bien, est ce la maladie qui malmène jusqu’à mes états d’esprits. Ma façon de raisonner n’est peut être pas subjective ? La maladie décide-t-elle de tout ? La, je suis encore perdue. Elle a deux grands yeux, les sourcils souvent froncés malgré son âge. Il suffit de lui parler et elle sourit. Il suffit de la prendre dans mes bras pour qu’elle cesse de pleurer. Elle observe le monde sans se demander si il est beau ou laid. Elle ne sait même pas que ça existe, il n’y a pas de nuance dans sa vie. Elle détaille simplement de son regard noir et brillant, les choses qui l’entourent. Elle scrute sans critiquer, elle contemple pour s’émerveiller. Et quand sa petite bouche potelée se met à sourire… Oh mon dieu ! Elle est belle à en pleurer. Tellement belle. Il y a tant d’horreurs dans ce monde, trop d’évènement douloureux. Et sa beauté, son jeune âge, son innocence, sa fragilité. J’ai envie de la protéger, de ne lui montrer que les splendeurs du monde. Léa. Aujourd’hui, elle a 3 mois. Elle grandit chaque jour sous mes prunelles ébahies. Quand elle sourit, je dois cacher mes larmes. L’entendre babiller me submerge d’une douce chaleur, une émotion sans nom de laquelle je pourrais me nourrir toute une vie. Cette petite irrite l’instinct maternel qui voudrait s’exprimer en moi. C’est douloureux d’imaginer que je n’aurais probablement jamais d’enfant. Que je ne participerais jamais à la beauté du monde. Je doute de tant de choses. Mais si il y avait un domaine dans lequel je ne craignais rien, c’était celui là. J’aurais pu être une mère fabuleuse, je n’en ai pas le moindre doute. J’aurais pu… J’ai succombé à mes propres berceuses. Je me suis imaginée, vivant seule, de façon saine. Un savoureux bonbon : doux et sucré. Au cœur de l’enrobage, gisent des saveurs amères pour la plupart des mortels. Mais pour ceux de mon ‘espèce’, c’est un agrément délectable. Sous l’épais glaçage, mensonge bien déguisé, mon cœur bat d’impatience. Je n’ai plus qu’une idée en tête : être seule et crever de faim. Non contente du reflet peu ragoûtant que dégueulait mon miroir, j’ai fais un pacte avec satan. Un marché diabolique, un soir en tête à tête avec la mort. On dit que les béliers sont têtus, fonceurs. Alors j’espère atteindre mon précieux objectif, en attente nappé dans le sucre. Ca fait des années que je rêve de cette vie là, de cette liberté. J’arrive presque au but… Il me manque l’indépendance… Mardi, je saurais si j’ai du boulot. Mardi, si la réponse est positive, j’avancerais d’un énorme pas dans ma quête de liberté. Parfois le temps ne permet pas aux choses de se remettre en place. La réalité se pavane à présent sous mes yeux. Elle se dandine en se moquant des espoirs qui ébauchaient mes ailes. A cet instant précis, j’ai compris. Pas de passé, pas d’avenir. Je dois construire dans le présent et non plus sur les phantasmes d’une vie. La décision est de partir… Tant pis si je ne suis pas infirmière… Peut être que je le regretterais… Certainement. Mais je dois m’en aller… Cette décision, je ne la déplorerais jamais. Il est difficile de souffler sur ses projets, de ravaler mes larmes. Elle est sadique cette force qui me pousse en avant, qui me tire sur le fil de la vie. Mais je me laisse entraîner, toujours avec l’espoir que le temps me permettra de rebondir. Même si le temps n’est pas aux rêves, il est humain de croire qu’il viendra un moment où je pourrais m’y consacrer. Un jour, de mes ailes, je survolerais ma réalité. Partir n’est pas envisageable. Pourtant, la thérapeute me le conseille. Elle pense que rester ici ne m’aidera pas. Je me suis renseignée. Un salaire d’aide soignante à mi-temps doit s’élever à 800 euros. Et ça ne suffit pas pour payer un loyer, une voiture (dont j’ai absolument besoin pour mes stages et les cours). En gros, impossible de partir. Sauf si j’abandonne l’idée d’être infirmière… C’est facile de pleurer sur son sort, de dire qu’il n’y a pas d’issues… Mais il n’y en pas ! Mon Dieu… Le bonheur est drapé de noir, la quiétude est silence. L’espoir est richesse. La nuit n’a jamais été aussi obscure pour la pauvre spectatrice que je suis. 25 ans mes amis… Et je ne suis rien. ‘Demain’ pèse sur mon sternum. Et pourtant, j’aurais le plus éclatant des sourires. Je n'ose pas sortir la tête de mon coeur (On dirait que la peine et la peur les attisent). parfois ce serait de l'acide pur pour qu'ils ne piétinent pas dedans parfois du sang Ils m'ont donné des cachets Il me faut trente minutes de marche, de chez moi à mon job d’été. Je ne suis jamais essoufflée, j’adore marcher. J’adore arpenter la ville quand la plupart des citoyens dorment encore, profitant des vacances. L’air est frais, doux. Quand j’inhale ces bouffées d’oxygène, j’ai la sensation d’être plus légère. Un peu comme si j’étais purifiée. Mon regard saute d’un point à l’autre du paysage : des oiseaux sur un mur, une veille dame à sa fenêtre, le vert énergisant d’un arbre,… J’observe le monde, loin du vacarme de mes murs, un pas après l’autre, j’oublie les briques qui m’enjôle. J’oublie. Le monde est différent. Il semble ne jamais avoir été noir. Comme un vieux souvenir tronqué, improbable. Mes pensées ne sont plus polluées, je peux enfin m’ouvrir sans crainte. Comme les bras d’un parent qui s’ouvre pour l’enfant qu’il aime. La beauté du monde me berce, la nature m’apaise. Puis arrive la foule et le rôle qu’il me faut jouer. Ca n’est pas déplaisant, c’est un jeu. Jongler avec le karma des gens et modeler ma personnalité pour qu’ils apprécient celle que j’incarne. La plupart du temps, j’y arrive sans difficulté. Le temps d’une vente, d’un renseignement, d’une soirée. J’opère de la même manière hors du boulot, dans mes études… C’est assez facile lorsque les gens ne veulent pas établir de relation durable. Jouer le jeu, interpréter un rôle, s’imbriquer dans la société. Etre connue de tous, mais en restant une anonyme. Même de moi. Le soir, je rentre, toujours à pied. Il me semble que mes chaussures sont lourdes, la route est stressante et oppressante. Je porte comme fardeau ma journée de mensonge. Complètement paumée, je pousse la porte de son domicile. Je ne suis pas moi et je n’ai pas de chez moi. L’air devient compact, j’ai la sensation d’être écrasée. Alors, comme vous vous en doutez, je finis par bouffer. Et tous les jours, je recommence. Ainsi va la vie, la valse du temps, déterminée par une inconnue dont j’apprécierais qu’elle me conte la fin. J’ai commencé hier une thérapie. Elle m’a demandé de diviser une feuille en deux parties, d’écrire les choses positives et négatives qu’il s’était passé dans ma vie. C’est plus dur que je ne l’imaginais. Je pourrais mentir, ne pas citer les évènements dont je ne veux pas qu’on parle. Ceux que je garde pour moi. Dois je être honnête avec cette feuille A4 ? Dois je vraiment raconter ma vie pour m’en sortir ? Cela semblait enfantin comme exercice. Elle m’a dit : « prends ton temps, c’est pour notre prochaine rencontre. » Quand elle a dit que je devais prendre mon temps, ce n’était pas pour faire joli dans la conversation. C’est vraiment complexe. Saloperie de feuille blanche ! J’ai eu la chair de poule lorsqu’elle a parlé d’hypnose, d’EMDR (http://www.bipe.be/Framesmenu.html) … J’ai peur de raconter, audiblement, des choses que je garde pour moi, en moi. J’aimerais que certaines choses restent planquées au fond de ma cervelle. « Les choses dont on ne parle pas, n’existent pas ! » : j’en suis convaincue. Ma bouche est scellée depuis si longtemps… Ma boulimie est le sommet de l’iceberg, c’est ce qu’elle a dit… J’aurais tant voulu que cette saloperie soit l’unique problème. Merde… Je ne veux pas parler… Putain ! Mais d’où me vient cette rage… Je sais que je radote et que je finis toujours par dire la même chose. Mais, non de dieu, comme j’aimerais me taper la tête contre le bord de la table. J’ai dans l’idée que c’est la seule chose qui peut me calmer. Dans ma tête, sous mes os crâniens, bouillonne une chose étrange que je n’arrive pas à nommer. Ca a la fureur d’un titan. Le souffle du chaos. Je ne peux pas m’empiffrer. Une année de plus, à traîner les pieds dans ce calvaire. A céder à des chantages odieux pour garder pignon sur l’enfer. J’étouffe, et je n’ai pas la force de claquer cette porte. Cette femme, bien plus petite que moi, n’a pas fini de faire de ma vie un bagne. Bientôt drapée de blanc, cette sorcière me propose une pomme, que j’accepte pour son bon sourire. Pourtant, je connais la chanson… C’est à cause de l’espoir. Cette saloperie fait, d’un lampion, un gigantesque feu d’artifice. Alors, quand elle est aimable plus d’une heure, je m’emballe. J’ose imaginer qu’elle est en train de changer. Mais personne ne change. Et bientôt, elle revient avec toutes ses bassesses. Le probable avenir que j’imaginais s’évapore. Et a nouveau, c’est le vide. Je redeviens orpheline. Seule au monde. La sensation étrange de ne pas être à ma place, mais bien obligée d’être là. Je n‘ai pas le choix. Comme lorsque j’étais gamine. Pendant la nuit, mon petit frère hurlait. Ma mère travaillait de nuit. Mon père cuvait. Alors, du haut de mes huit ans, je me transformais en maman. J’allais m’allonger sur le sol dur de sa chambre, à côté de son lit cage. Je lui donnais la main pour le rassurer, ne sachant pas trop quoi faire. J’étais tétanisée à l’idée qu’il meurt. J’imaginais le pire, et je n’arrivais pas à savoir ce qu’il faudrait faire. Je crevais de froid. Il faisait noir. Morte de trouille. Endossant les épaules d’une femme que je n’étais pas encore. Je culpabilisais à l’idée de fermer un œil. La solitude qui mortifiait mon corps recroquevillé durant ces nuits de veilles, ne m’a plus jamais quittée. Bon dieu ! Que ça fait mal… A ces années que l’on m’a dérobé, je pleure (enfin). La vie n’a plus de goût… Depuis trop longtemps mature, comme une fruit arrivé à l’apogée de sa croissance, je finis de m’altérer. Il me reste les yeux pour pleurer. Rien ne tombe. Le bas d’une colonne m’a appris que j’étais sans avenir. Le chiffre gras qui m’a abattue ce matin, n’est rien de plus que le reflet de la maladie. Mes pupilles se sont resserrées sur le pourcentage noté comme une corde autour du cou d’un pendu. ‘CLAC’ Et c’est le trou noir. Gros = raté Bien sûre…ce n’est pas vrai. Mais ça reste une vérité ‘pathologique’ scarifiée dans ma boîte crânienne. J’ai envie de fermer les yeux… De rencontrer le maître de nos destinées et de lui demander : « Pourquoi ? » Juste ça. Pour ne plus me sentir coupable. Ca va faire presque trois mois que j’ai stoppé les laxatifs. Je suis contente. J’ai un transit presque normal à présent… J’ai peur. Comme une addict, j’y pense tous les jours. Je reste tentée. Plus encore avec les examens qui me laisse le temps de bouffer, de criser mais pas de gerber… J’ai peur. Je n’ai pas envie de céder. Monter sur la balance m’effraie. Je vais attendre la fin des exams… Peur, oui j’ai vraiment peur. C’est encore une de ces soirées où je me demande ce que je peux faire pour… Me vider, me purifier. Encore une nuit où mon crâne vrille car mes larmes sont incapables de tomber. Je me sens vide, sèche. Il arrive que la bouffe n’étouffe pas cette bête qui est en moi. Alors j’ai envie de me faire du mal. Un besoin malsain, une pulsion auto destructrice. Cette nuit, dégueuler ni changera rien. Je pense au tiroir de ma table de nuit. Il contient un agenda qui cache un autre moyen de me vider. Bien aiguisée. J’en ai besoin, son reflet me charme. La douleur qui jaillira est une promesse de réconfort. La honte m’assaille au moment d’écrire ces mots. J’ai peur d’être jugée. Mais ne soyez pas trop sévère. Je pourrais être une amie, une cousine, une passante, un sourire,… Oui, je pourrais être celle que vous appréciez, celle qui vous met de bonne humeur. La personne avec qui vous bavardez, mais qui ne vous dit rien. La fille qui cache des horreurs pour se faire apprécier et, elle l'espère : Je veux ressembler à la mort, avoir l’épaisseur de mon squelette. Que toutes les tailles de vêtements soient trop larges. Un jour, je l’espère, je serais mince à en être invisible. Mince à tel point que tous les coups rateront leur destination. Mince, à tel point fondue qu’il n’y aura plus de féminité. Fini d’être une bonnasse, de voir la luxure dans leur regard. Les bras qui m’enlaceront n’auront pas d’autre but que ceux de m’aimer et de me protéger. Je n’aurais plus de raison d’avoir peur. Dans ce squelette, il n’y aura plus que mon âme à aimer. Plus que moi. Ce jour venu, je pourrais me montrer vulnérable. Plus personne n’abusera de ma naïveté. Je serais un pantin, plus une poupée. Lorsque je bouffe, je distance mon but. J’ai peur d’être aimée. De me dévoiler. Parfois, je préfère rester une poupée. Puis, je dégueule mes tripes. Je vomis le paradoxe : je ne suis pas un objet. Une fois vide, purgée de la nausée, je reste vide. Perdue, à la recherche d’une identité. Avoir le doute, c’est quelque chose d’handicapant dans la vie de tous les jours : Ca me rend ‘cruche’ ! Peu importe le domaine : famille, amour, travail… Cette épine me mortifie. Le doute me laisse une impression étrange située au niveau du centre de gravité. J’ai l’impression que mes entrailles ont été trop laquées, comme la touffe mauves des mamies. A l’étroit, trop serrée, le diaphragme inhibé, j’en perds l’équilibre. Je suffoque, mes yeux brillent. Les mots manquent. La peur me teinte les joues de roses. Je vais me décomposer. La laque commence à craqueler Le doute lors de mes actes. Le doute en la parole d’autrui. Le doute en la réalité. Un serpent qui siffle, s’entortillant autour de mes hémisphères, terminant son voyage dans un virage serré autour de mes carotides. Maîtrisée par l’angoisse, je me laisserais volontiers choir au sol. Les yeux ouverts sur l’infini. La bouche bée des choses que je ne peux dire. Je rêve de reposer sur le sol trop froid, trop dur, de déposer les armes. Juste un moment de repos. De me dire que ce n’est pas grave. Mais je suis toujours debout, bravant le malin. Ignorant le doute de manière farouche. Déguiser mes peurs de façon burlesques. Je saute par-dessus l’énorme point d’interrogation. Adepte du saut d’obstacles, adepte des murs devant moi. Je n’ai pas de médaille olympique, et je traîne certainement la patte. Je pleurniche ; je râle comme ils disent. Mais je suis là. Il y a un moment où on cesse de dire qu’on veut crever. Le temps passe, on ne passe jamais à l’acte. Alors, notre désespoir devient ridicule. On est pathétique. Je ne veux pas être pathétique. Et même si je le suis, il n’y a que moi qui le sait. Vous sûrement. Chut ! La chanson qui me fait chialer à chaque fois. Ces paroles m'incisent le coeur. On fait tous des choix. Parfois, on doit seulement prendre celle qui s'avère la meilleure; même si cela ne plait pas. Il y a ton sourire qui se lève :: Articles 1 à 35 sur 404 ::Pages: 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 |
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